Il suffit parfois d’un geste sur le terrain pour marquer à jamais l’histoire du football. Ruud Gullit, ce prodige néerlandais, a bousculé les codes, explosé les attentes et laissé une empreinte indélébile sur tous les stades qu’il a foulés. Coéquipier de Marco Van Basten et Frank Rijkaard, Gullit a démontré un talent immense, aussi bien dans les clubs européens qu’au sein de la sélection nationale. Sa trajectoire, de milieu de terrain créatif à entraîneur reconnu, s’impose comme l’une des plus remarquables de sa génération.
Ses débuts
Ruud Gullit voit le jour en 1962, précisément le 1er septembre, sous le nom de Rudi Dil. Fils du professeur George Gullit et de Ria Dil, conservatrice au musée national des Pays-Bas, il grandit à Amsterdam. Là-bas, le jeune Ruud ne passe pas inaperçu : des ruelles du quartier aux terrains des Meerboys, puis des DWS, sa passion pour le ballon rond s’affirme très tôt. Rapidement, il partage la pelouse avec Frank Rijkaard, un duo qui ira loin, jusqu’en équipe nationale et plus tard à l’AC Milan.
Intégré à la sélection nationale des jeunes, Gullit croise la route d’Erwin Koeman, Ronald Koeman et Wim Kieft, trois noms qui deviendront des piliers du football néerlandais. Malgré son jeune âge, il signe son tout premier contrat professionnel en 1978 avec le club de Haarlem. À 16 ans seulement, il devient le plus jeune joueur à évoluer en première division néerlandaise, un record qui en dit long sur son potentiel.
Son parcours
Après deux saisons à Haarlem, Gullit franchit une nouvelle étape en rejoignant le Feyenoord Rotterdam en 1982. À ses côtés, la légende Johan Cruyff. Lors de la saison 1983-1984, il décroche le titre de footballeur néerlandais de l’année et soulève la coupe nationale. En 1985, direction le PSV Eindhoven, où il affirme sa domination : élu à nouveau footballeur de l’année en 1986, il termine quatrième meilleur buteur avec 22 réalisations sur la saison. Les clubs de toute l’Europe commencent à se l’arracher.
Surnommé la tulipe noire pour ses racines afro-surinamiennes, Gullit signe à l’AC Milan en 1987 pour 7,7 millions d’euros, devenant ainsi le joueur le mieux payé après Maradona. Son association avec Marco van Basten et Frank Rijkaard hisse le club italien au sommet : victoire en Coupe d’Europe des Champions, Supercoupe d’Europe, et nomination au Ballon d’or cette même année. Son arrivée marque le début d’une ère dorée pour Milan.
Carrière et Palmarès
Pour mieux saisir la trajectoire de Ruud Gullit, voici un aperçu de ses passages marquants en tant que joueur et entraîneur :
| Joueur | Entraîneur |
| HFC Haarlem : 126 matchs et 44 buts (1979 à 1982) | Newcastle United (1998 à 1999) |
| Feyenoord Rotterdam : 101 matchs et 40 buts (1982 à 1985) | Pays-Bas U19 (2003-2004) |
| PSV Eindhoven : 75 matchs et 54 buts (1985 à 1987) | Pays-Bas : adjoint (2004) |
| AC Milan : 171 matchs et 56 buts (1987 à 1993) | Feyenoord Rotterdam (2004 à 2005) |
| UC Sampdoria : 41 matchs et 19 buts (1993 à 1994) | Galaxy de Los Angeles (2007 à 2008) |
| AC Milan : 9 matchs et 4 buts (1994) | Terek Grozny (2011) |
| UC Sampdoria : 22 matchs et 7 buts (1994 à1995) | |
| Chelsea FC : 51 matchs et 7 buts (1995 à 1998) |
Côté sélection nationale, certaines étapes méritent d’être rappelées :
- 1981 à 1994 : 66 matchs et 17 buts
- 1988 : sacré Champion d’Europe des Nations
- 1992 : présent au Championnat d’Europe
- 1990 : participation à la Coupe du Monde
En club, Ruud Gullit accumule les distinctions et signe un palmarès aussi riche qu’impressionnant.
L’impact de sa philosophie de jeu sur le football moderne
Ruud Gullit n’a pas seulement brillé par ses statistiques. Il a révolutionné la manière de jouer. Avec une philosophie axée sur la créativité, la fluidité et un engagement permanent, il a influencé bien plus qu’une génération. Sa vision du football, où la technique individuelle et collective prime, a transformé la culture de clubs comme le Milan AC, le Feyenoord Rotterdam ou le Chelsea FC. Gullit misait sur la communication entre joueurs, convaincu qu’une équipe soudée pouvait renverser n’importe quelle situation.
Cette approche a permis à ses équipes de proposer un football spectaculaire, sans jamais sacrifier la solidité défensive. Résultat : les supporters, les médias et ses pairs reconnaissent rapidement la singularité de sa méthode. Ceux qui l’ont côtoyé s’en souviennent, l’esprit offensif, la rigueur, la recherche permanente de la beauté dans le jeu.
Sur le plan tactique, Gullit s’appuyait souvent sur des attaquants comme Marco van Basten ou George Weah, tout en exigeant de chacun qu’il participe aussi bien aux attaques qu’aux phases défensives. Il incitait ses équipiers à rester proactifs, à ne jamais attendre l’erreur adverse mais à créer le danger, à prendre l’initiative.
Le fameux « football total » des Néerlandais existait déjà, mais Gullit y a injecté une dimension nouvelle : plus de modernité, davantage de subtilités techniques et stratégiques. Aujourd’hui, cette vision imprègne les plus grands championnats européens et s’exporte partout dans le monde.
Impossible de dissocier Gullit, le joueur, du précurseur. Il a hissé le football à un niveau supérieur, imposant sa marque comme un modèle pour les professionnels et les entraîneurs en quête d’innovation. Son influence se lit encore sur chaque pelouse où la créativité prime, là où le jeu reste un spectacle autant qu’un défi tactique.
Son rôle dans l’équipe mythique de l’AC Milan des années 80 et 90
Durant les années 80 et 90, Ruud Gullit n’était pas qu’un simple élément de l’AC Milan : il en était le moteur. Sous ses couleurs, le club décroche notamment deux Ligues des champions consécutives, en 1989 et 1990. Gullit, capitaine en 1989, incarne l’intelligence du milieu de terrain, orchestrant les actions, distribuant les passes décisives à Marco van Basten ou Frank Rijkaard, toujours prêts à faire trembler les filets adverses.
Mais sa palette ne s’arrête pas là. Capable de venir prêter main-forte à ses défenseurs, il n’hésite jamais à redescendre soutenir Franco Baresi ou Alessandro Costacurta pour enrayer les contres. Cette polyvalence fait de lui un leader naturel, aussi respecté dans le vestiaire qu’adoré des supporters. Les spectateurs de San Siro se remémorent encore les exploits de leur « Magic Dutchman ».
Malgré quelques blessures qui l’ont parfois éloigné des terrains, Gullit a mené le club à trois titres de champion d’Italie et à une victoire en Coupe nationale. Il reste une icône absolue du Milan AC, célébré par toute une génération pour sa contribution décisive à ces années de succès.
Ruud Gullit, par la puissance de son jeu et la créativité de sa vision, est devenu une figure incontournable du football. Son héritage s’étend bien au-delà de ses années sur le terrain : il continue de susciter l’admiration, d’inspirer les passionnés et de rappeler, à chaque nouvelle génération, qu’un joueur peut changer le visage d’un sport tout entier.

