Torstein Træen ne figure sur aucune shortlist de favoris avant un grand tour. Né le 16 juillet 1995, ce grimpeur norvégien évolue pourtant au contact direct des meilleurs en haute montagne depuis son arrivée chez Bahrain Victorious en 2024. Ses résultats bruts ne montrent pas tout : un retour après un cancer, une méthode d’entraînement ultra-structurée et un rôle de pace setter dans les cols finaux interrogent la frontière entre équipier de luxe et leader potentiel.
Entraînement polarisé et méthode norvégienne : le socle technique de Træen en montagne
La plupart des portraits de Torstein Træen s’arrêtent à son palmarès et à ses classements d’étape. La dimension la plus distinctive de son profil reste pourtant sa préparation physique, directement issue du modèle scandinave appliqué aux sports d’endurance.
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Træen s’appuie sur une approche d’entraînement « science-driven » héritée du modèle norvégien. Cela implique un usage systématique des zones d’intensité polarisée, où la majorité du volume se fait à basse intensité, entrecoupé de séances à haute intensité, avec très peu de travail en zone intermédiaire. S’y ajoutent des stages réguliers en altitude et des mesures métaboliques fréquentes pour ajuster les charges.
Plusieurs entraîneurs norvégiens le citent comme exemple de coureur « discret » mais très structuré dans sa préparation. Cette rigueur méthodologique, banale dans le ski de fond ou le biathlon en Norvège, reste moins courante dans le cyclisme professionnel, où beaucoup de coureurs construisent encore leur forme sur des blocs empiriques de volume et de course.
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Le résultat concret : Træen produit des efforts reproductibles en fin d’étape de montagne, là où la fatigue fait décrocher la plupart des équipiers. C’est ce qui lui permet de rester au contact dans les derniers kilomètres des ascensions finales, un atout que peu de « gregarios » possèdent à ce niveau.
Torstein Træen chez Bahrain Victorious : pace setter en haute montagne
Depuis son transfert chez Bahrain Victorious, Træen occupe un rôle de plus en plus central dans le dispositif montagnard de l’équipe. Sa fonction principale : imposer le tempo dans les cols finaux pour protéger ou positionner le leader désigné, souvent Mikel Landa sur les courses par étapes.
Ce rôle de pace setter en dernière difficulté est l’un des plus exigeants du peloton. Il demande à la fois une puissance absolue élevée et la capacité de maintenir un effort soutenu après plusieurs heures de course. L’équipier qui « explose » trop tôt laisse son leader exposé ; celui qui gère trop conservativement ne crée aucun avantage tactique.
| Critère | Équipier classique | Pace setter haute montagne (profil Træen) |
|---|---|---|
| Moment d’intervention | Plaine ou pied de col | Derniers kilomètres de l’ascension finale |
| Durée de l’effort décisif | Courte, avant le pied du col | Prolongée, souvent au-delà du dernier relais habituel |
| Proximité avec le leader au sommet | Décroché bien avant | Encore au contact dans le groupe de tête |
| Polyvalence tactique | Rôle défini et limité | Peut basculer vers un rôle offensif si le leader défaille |
Les analyses de courses publiées par les médias spécialisés anglo-saxons relèvent que Træen termine régulièrement dans le groupe de tête en haute montagne, là où ses homologues ont déjà lâché. En revanche, les fiches et brèves francophones ne mentionnent quasiment jamais cette dimension de son profil.
Retour d’un cancer et résilience : la trajectoire atypique de Træen
Le parcours de Torstein Træen ne suit pas la courbe ascendante linéaire de la plupart des grimpeurs du WorldTour. Son retour à la compétition après un cancer constitue un élément rarement développé dans les analyses de performance, mais qui éclaire la suite de sa carrière.
Revenir au plus haut niveau après un traitement oncologique impose des contraintes physiologiques lourdes : perte de masse musculaire, altération temporaire des capacités cardio-respiratoires, reconstruction progressive de la charge d’entraînement. Que Træen ait retrouvé un niveau suffisant pour remplir un rôle de pace setter en WorldTour dit quelque chose sur :
- La qualité du suivi médical et de la planification de sa reprise, probablement encadrée selon les protocoles scandinaves de réhabilitation sportive
- Sa capacité d’adaptation mentale, un facteur souvent sous-estimé dans l’évaluation des grimpeurs, mais déterminant pour supporter les blocs d’altitude et la souffrance en course
- La marge de progression restante : un coureur qui retrouve ce niveau après une interruption majeure n’a pas nécessairement atteint son plafond physiologique

Grimpeur du WorldTour : les données plaident-elles pour un statut de leader ?
La question mérite d’être posée factuellement. Træen dispose du profil physique d’un leader potentiel sur les courses d’une semaine, voire sur un grand tour à parcours montagneux. Sa capacité à rester dans le groupe de tête lors des étapes décisives dépasse ce qu’on attend d’un simple équipier.
Son palmarès inclut une victoire d’étape au Tour de Suisse, en solitaire, face à un peloton de qualité, montrant qu’il pouvait finir un effort offensif et pas seulement imposer un tempo. Son rôle actuel chez Bahrain Victorious le place dans une zone grise entre équipier de luxe et co-leader potentiel : quand Landa est en difficulté, Træen dispose de la latitude pour jouer sa propre carte.
La hiérarchie du WorldTour en haute montagne est dominée par quelques noms récurrents, et la structure des équipes favorise la concentration des ressources autour d’un leader unique. Pour qu’un coureur comme Træen bascule vers un statut de leader assumé, il faudrait soit un changement d’équipe vers une formation qui lui offre cette opportunité, soit une blessure ou une méforme de son leader actuel sur un grand tour.
En l’état, ses performances en montagne le situent dans une catégorie de coureurs capables de terminer dans le top 10 d’un grand tour, mais que la logique d’équipe cantonne à un rôle subalterne. La méthode norvégienne et sa marge de progression post-cancer laissent penser que ses meilleures saisons ne sont pas encore derrière lui. Le prochain grand tour montagneux dira si Bahrain Victorious continue de l’utiliser comme rampe de lancement pour d’autres, ou s’il devient lui-même la fusée.

